Henri QUEUILLE, une enfance Corrèzienne

Henri Queuille est né le 31 mars 1884, 31 rue du Commerce à Neuvic (l’actuel Musée Départemental de la Résistance Henri Queuille), 2 ans après son frère Mathieu et 6 ans avant sa sœur Marguerite. Il vécut ensuite dans un appartement modeste, au-dessus de la pharmacie de son père en face de la demeure familiale. Au décès de sa grand-mère, Henri Queuille et sa famille se réinstallèrent dans cette demeure.


Son père, François, neuvicois depuis trois générations, est alors adjoint au Maire. Il décédera à 49 ans, Henri avait 11 ans et la mort de son père restera gravée dans sa mémoire. Durant son enfance, le petit Henri entendait souvent les conversations entre les élus locaux. Conversations qui tournaient parfois autour des luttes électorales du Second Empire. Il existe bien des similitudes entre les vies des deux hommes : ils ont perdu leur père très tôt (François a perdu le sien à 14 ans) ; François devint pharmacien à Neuvic et faisait parfois fonction de médecin comme cela était courant à cette époque, Henri deviendra médecin ; ils entrèrent tout deux très jeune dans la vie politique...

Sa mère, Marie Blanche de Masson de Saint Félix, originaire du nord de la Corrèze, est née à Sornac.  Elle eut en dote notamment une propriété à Saint-Rémy dont les revenus allaient financer plus tard l’éducation d’Henri et ensuite ses premières campagnes électorales.



Henri Queuille fit ses premières études à l’école communale de Neuvic, situé au rez-de-chaussée de la mairie. Durant cette période, Henri se fit de nombreux amis dont certains allaient le rester toujours. Comme Elie Léonard Manzagol, fils du boulanger de la rue du Commerce. Il devient boulanger à son tour à Neuvic, mais aussi à Paris. Il sera conseillé municipal à Neuvic dans les années 20 et secrétaire de mairie jusqu’à sa mort. Ou encore, Frézal Escure, descendant d’une famille farouchement républicaine originaire de Sérandon. Le père Escure, armurier et horloger, était né à Neuvic la même année que le père d’Henri Queuille. Il joua un rôle important dans la vie politique d’Henri : il a été pendant 38 ans conseillé municipal et pendant 20 ans maire adjoint. Frézal et Henri ont organisé avec Georges Bayle la célèbre Fête de la Bruyère et ont publié un livre illustré sur Neuvic et ses environs. Bien d’autres encore joueront un rôle important dans le vie d’Henri.

Durant les études au Lycée de Tulle des deux fils, sa mère, veuve,  et sa sœur s’installèrent dans un petit appartement dans le vieux quartier de Tulle pour ne pas à avoir à payer la pension de ses fils. Pour Henri, le lycée sera au centre d’une nouvelle existence : il lui donnera une ouverture sur un monde plus vaste et beaucoup plus compétitif que celui de Neuvic. Il obtient le baccalauréat de l’enseignement classique, diplôme très convoité,  en mai 1902.

C’est ensuite qu’il partit faire ses études de médecine à paris ... mais c’est une autre histoire ...

Le Limousin, une Terre de Résistants

Depuis de très nombreuses années, voir plusieurs siècles, le Limousin a été au centre de disputes.


De par sa situation géographique, cette région « s’est souvent trouvée à l’intersection des ambitions politiques et territoriales des Français et des Anglais, vivant au rythme des conquêtes, reconquêtes, et subissant les ravages qui les accompagnent ... » durant la guerre de 100 ans. De nombreuses forteresses ont d’ailleurs vu le jour à cette époque (Turenne ci-dessous, Ventadour, Merle, Pompadour, et toutes les autres ...)


C’est certainement cette histoire ancienne qui fait que le « caractère limousin est rétif à la soumission et prompt à la résistance ». Les Limousins « se sont forgé un courage à toute épreuve ».

Dans l’histoire plus récente, le Limousin, qui « par sa population de tués au combat par rapport aux mobilisés, paya le plus lourd tribu humain à la boucherie de la Grande guerre ».

Lors de la 2ème guerre mondiale, « dans les forêts opaques et recoins de cette région sauvage que les Allemands surnommaient la « Petite Russie », propice à une guérilla rurale, mais aussi dans les villes, se formèrent les premiers groupes de la Résistance. Ce fut l’une des résistances les plus opiniâtres de France. Georges Guingouin (photo ci-dessous), le « Préfet du maquis », libérateur de Limoges devenu Compagnon de la Libération, en est la figure emblématique. C’est aux maquis, équipés par les parachutages d’armes (Note du Musée : vous pouvez retrouver les cartes de ces parachutages au Musée) que Limoges, dès le 21 août 1944, Brive et les trois départements de la Région, durent leur libération.


Le Limousin fut un asile salvateur pour de nombreux juifs français et étrangers, qui purent ainsi échapper aux persécutions, la Creuse à elle-seule cacha au moins mille enfants.

Des faits d’armes héroïques et une éthique chèrement payés. Des crimes et atrocités que la région eut à subir en représailles, deux épisodes de 1944 sont tragiquement célèbres, devenus des symboles universels de la barbarie, des massacres de Tulle ... et celui de la population d’Oradour-sur Glane.... dans une région qui connaît trop bien le prix des guerres, il n’est pas surprenant que se soient cristallisés ici des convictions libertaires, un vibrant pacifisme et un fond d’antimilitarisme, qui se manifestent très explicitement sur un certain nombre de monuments aux morts ... comme celui de Gentioux, proclamant sans détour « Maudite soit la guerre ». On ne saurait être plus clair. »


Source : Limousin, Editions Corps et âme


Rues des Résistants

De nombreuses rues, établissements scolaires ... portent le nom des héros de la résistance ... Les connaissez-vous ?? En voici quelques-uns :


Jean Zay : Avocat, il devient une personnalité politique sous la IIIè république dont il démissionne en 1939 pour rejoindre l’armée française. Il sera honoré puis condamné pour désertion en octobre 1940.  Il sera assassiné en juin 1944 par les miliciens français dans l’Allier qui étaient venus le sortir de prison pour soi-disant lui faire rejoindre le maquis. Il sera abattu dans de terribles conditions pour que son corps ne soit pas reconnaissable. Son corps est retrouvé par hasard 2 ans plus tard et sera identifié grâce à sa fiche dentaire. Il sera inhumé dans le cimetière d’Orléans en mai 1948. Il sera transféré au Panthéon en 2014 après avoir été réhabilité par la justice en 1945.




Pierre Brossolete : Journaliste et homme politique socialiste. Au début de la résistance, il rejoint l’armée et est décoré de la première Croix de guerre 1939-1945. Hostile au régime de Vichy, il rejoint la résistance dans la zone occupée sous le nom de « Pédro » pour son « regard espagnol » ! Il achète avec son épouse une librairie à Paris rue de la Pompe qui servira de boite aux lettres aux résistants. Après plusieurs perquisitions dans cette librairie, il fait franchir la ligne de démarcation  à sa famille en juillet 1942. Il fera alors de nombreux aller-retour entre Paris et Londres ou il est en contact avec le Général de Gaulle. C’est lors de sa dernière traversée en février 1944 que le bateau Jouet des Flots fait naufrage. Il sera recueilli par la résistance bretonne, puis interpellé lors d’un barrage de routine. Seulement plusieurs semaines après son interpellation, il sera reconnu par une imprudence. Il sera ensuite torturé. Lors de la pause déjeuner de son gardien et malgré ses menottes dans le dos, il parvient à ouvrir sa fenêtre et à sauter de la chambre de bonne où il était enfermé. Il succombera quelques heures plus tard à ses blessures sans avoir parlé. Il sera incinéré au Cimetière du Père-Lachaise et ses cendres attribuées à l’urne n°3913 de la division 87.



Jean Moulin : Surement le plus connu du grand public. Préfet d’Eure et Loir en janvier 1939, il demande à plusieurs reprises d’être dégagé de ses fonctions, sans succès. Arrêté en juin 1940 par les Allemands parce qu’il refuse d’accuser une troupe de tirailleurs sénégalais de l’Armée française  d’avoir commis de prétendues atrocités envers des civils de Taye, en réalité victime de bombardements allemands. Il tentera alors de se suicider en se tranchant la gorge. Il évite la mort de peu et gardera une cicatrice qu’il cachera avec un foulard après sa guérison. Révoqué par le régime de Vichy, il décide de se rendre compte de l’ampleur de la résistance française et d’entrer en contact avec Londres. Reçu par le Général de Gaulle, il sera chargé d’unifier les trois principaux mouvements de résistance. En février 1943, il retourne à Londres pour rendre compte de sa mission. Le Général de Gaulle le charge de créer le CNR (relire l’article : http://musee-henriqueuille.blogspot.fr/2014/10/les-jours-heureux-le-conseil-national.html). Il sera arrêté après de longues investigations allemandes en juin 1943 à Caluire-et-Cuire (Rhône). Il sera très longuement torturé par Klaus Barbie. Il meurt de ses blessures en juillet 1943 en gare de Metz, dans le train que le conduisait en Allemagne. Son corps, inhumé au Père-Lachaise en février 1944, n’a jamais pu être identifié avec certitude. Il entrera au Panthéon en décembre 1964.




Nous aurons l’occasion de vous présenter ultérieurement d’autres résistants célèbres ...

Courage de Paul Eluard

Après cette « saga » sur les femmes de la résistance, nous avons choisi ce mois-ci une thématique plus légère et plus courte. Nous souhaitions vous faire partager une poésie, la poésie de Paul Eluard intitulé « Courage » dont la thématique est aujourd’hui encore d’actualité, un peu partout dans le monde.



Paul Eluard (toile de Nusch derrière) 1944 photo Brassaï


Dans ce poème écrit en 1944, Paul Eluard évoque la détresse de Paris occupé, détresse physique, morale et psychologique. Sur un ton à la fois lyrique et déterminé, l’auteur évoque l’oppression dont Paris est victime tout en lançant un appel à la révolte dans l’espoir d’une victoire finale.
Pour entendre ce poème ou en savoir plus : http://www.paris-a-nu.fr/paris-poesie-courage-de-paul-eluard/


Paris a froid Paris a faim
Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro
Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
Et la sagesse et la folie
De Paris malheureux
C'est l'air pur c'est le feu
C'est la beauté c'est la bonté
De ses travailleurs affamés
Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d'une vie sans égale
Et derrière la nudité
De ta pâleur de ta maigreur
Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux
Paris ma belle ville
Fine comme une aiguille forte comme un épée
Ingénue et savante
Tu ne supportes pas l'injustice
Pour toi c'est le seul désordre
Tu vas le libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et la boue
Frères ayons du courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien élevés
Un rayon s'allume en nos veines
Notre lumière nous revient
Les meilleurs d'entre nous sont morts pour nous
Et voici que leur sang retrouve notre cœur
Et c'est de nouveau le matin un matin de Paris
La pointe de la délivrance
L'espace du printemps naissant
La force idiote a le dessous
Ces esclaves nos ennemis
S'ils ont compris S'ils sont capables de comprendre
Vont se lever.

Les femmes dans la Résistance (1940-1944) - 2ème partie




Les femmes dans la Résistance

Les femmes entrent tôt en Résistance, surtout dans le Nord, premier territoire touché par l’invasion allemande. Elles y sont même, au départ, majoritaires (en 1940, 23% des femmes du Nord-Pas-de-Calais sont résistantes, contre 13% des hommes). Cette région est, en effet, rattachée au commandement de Bruxelles et ce dernier est géré par un responsable possédant les pleins pouvoirs sur sa juridiction, Vichy n’intervenant pas dans cette partie du pays. La violence et la lourde présence de l’occupant incitent donc à un engagement très précoce.

La répression y est, par conséquent, aussi très dure. Le 17 septembre 1940, Blanche Paugan est condamnée à mort pour avoir coupé les lignes téléphoniques allemandes. Même si la sentence n’est pas exécutée, elle montre la volonté de rigueur des Allemands.



Les motivations incitant les femmes à intégrer la Résistance sont les mêmes que celles des hommes : refus de l’Occupation ; refus de l’armistice et donc de la défaite ; refus des mesures antisémites, restrictives et répressives. On agit aussi pour rendre service à un proche, une personne que l’on aime, un voisin, un collègue… Cependant, contrairement aux hommes, les femmes entrent rarement en Résistance par conviction politique (n’oublions pas qu’elles en sont exclues, puisqu’elles ne sont encore ni éligibles, ni électrices). Même au sein du Parti Communiste, pourtant véritable vivier de Résistantes, elles restent au final assez peu nombreuses. Il est important par ailleurs de rappeler ici que la Résistance est un mouvement évidemment illégal, donc clandestin, induisant de nombreux risques. Les femmes y sont tout autant confrontées que les hommes. Les motivations doivent donc être profondes, l’engagement ne jamais se faire à la légère.

Comment intègrent-elles les différents réseaux ? La plupart des femmes s’enrôlent par l’intermédiaire de connaissances diverses, qu’elles soient issues de leur cercle familial, amical, associatif ou professionnel. Il est nécessaire de souligner dès à présent que l’engagement féminin au sein de la Résistance est avant tout une affaire de « quotidien ».
En effet, comme nous l’avons évoqué, la Résistance est secrète. Elle doit se cacher, rester discrète. Et quel endroit est le plus opportun pour protéger et assurer cette clandestinité ? Le foyer. Le domicile familial, sphère privée, est effectivement un des points névralgiques de l’organisation. Or, la femme est le centre de ce monde domestique. Elle se retrouve par conséquent impliquée, voire en est parfois l’initiatrice, dans de nombreux actes d’opposition à l’ennemi. Elle héberge (donc nourrit, habille et cache) et peut faire passer des clandestins en zone libre, que ces derniers soient Résistants, Juifs ou encore des aviateurs alliés ; elle cache des documents au sein de sa maison ; elle ravitaille les maquis alentours… Cette facette de la Résistance féminine est prépondérante en milieu rural, où les types d’actions cités sont facilités, la présence allemande étant moins pesante que dans les villes et la campagne offrant de nombreux lieux abrités et plus de nourriture.

Tous ces gestes résistants se font sous couvert d’une vie quotidienne banale. On fait passer tel enfant juif pour un neveu ou une nièce ; on cache tel document sous les couvertures du landau du bébé ; on profite d’un déplacement à pied ou en vélo pour aller porter un courrier important ou des vivres à un réseau caché dans les bois… Les femmes suscitent beaucoup moins la méfiance des Allemands que les hommes. Elles sont donc des maillons essentiels de la Résistance dite « de tous les jours ».

C’est justement parce que la suspicion envers les femmes est très limitée que les sphères d’action féminines se multiplient et se diversifient. En plus de cacher, de ravitailler et d’héberger, elles peuvent aussi distribuer et participer à la rédaction de tracts et de journaux clandestins, fabriquer de faux-papiers… On trouve de nombreuses femmes, travaillant dans l’administration, qui utilisent leur fonction de secrétaire pour créer des documents factices (état civil, papiers d’identité etc.) ou fournir des tickets de rationnements injustifiés. Le domaine des communications n’est pas en reste non plus : pendant toute l’Occupation, pas moins de 224 postières, téléphonistes et télégraphistes anonymes ont intercepté des messages allemands ainsi que des lettres de dénonciations de Juifs et de Résistants, sauvant ainsi des vies. Cette résistance du quotidien, anonyme et floue, difficilement quantifiable, est déterminante pour la Résistante dite, elle, « organisée et officielle », c’est-à-dire armée. Elle lui permet, au jour le jour, de survivre et de se concentrer sur ses projets de grande ampleur.

D’autres femmes, par ailleurs, se retrouvent agents secrets, dans les réseaux de renseignements ou dans l’organisation de filières d’évasion, dont elles sont parfois à la tête. C’est le cas de Marie-Louise Dissard du réseau Françoise, situé à Toulouse. Au départ, l’action de cette résistante de la première heure se borne à cacher et transmettre des documents importants, comme de nombreuses femmes le font déjà. Puis, en 1942, elle intègre le réseau d’évasion Pat O’Leary, spécialisé dans le sauvetage des aviateurs anglais et américains tombés sur le sol français, pour lequel elle commande la région toulousaine. Sa mission est de les héberger et les aider à rejoindre l’Angleterre. En 1943, suite à l’arrestation d’Albert Guérisse, chef de la filière tous secteurs géographiques confondus, Marie-Louise Dissard le remplace. Elle renomme le réseau, qui devient le réseau Françoise, et ne sauvera pas moins, au total, de 700 aviateurs alliés.
On le voit, certaines femmes parviennent à atteindre de hautes fonctions. Dans le domaine précis de l’opposition armée, elles sont très peu nombreuses. En effet, depuis toujours, la guerre est une affaire d’hommes. Même si la Résistance offre un domaine d’action inédit aux femmes, il n’en demeure pas moins que certaines portes leur restent fermées, ou durement accessibles. Les années 40 restent ancrées, malgré le contexte, dans un schéma culturel et social traditionnel : l’homme est le chef de famille travaillant à l’extérieur ; la femme, dépendante de ce dernier, reste au foyer et sans droit de vote.
On trouve pourtant quelques figures féminines à la tête de mouvements armés ou qui leur sont liés. Ainsi , Claude Gérard, responsable des maquis dans sept départements du Sud-Ouest de la France, ou encore Marie-Madeleine Fourcade, à la tête du réseau Alliance. En 1941, cette dernière succède à Georges Loustaunau-Lacau, qui vient d’être arrêté. Dépendant de l’Intelligence Service britannique, Alliance est avant tout un réseau de renseignements déterminant pour l’organisation armée basée à Londres. Il compte aussi plus de 25% de femmes sur les 3000 membres qui le composent.  
En dehors des actions de grandes figures féminines telles que Bertie Albrecht  ou Danielle Casanova, respectivement co-fondatrice du mouvement Combat et militante communiste à l’origine de la création de divers comités féminins de résistance et soutenant la lutte armée, on trouve d’autres formes, plus rares et restreintes, de lutte contre l’occupant. Le cas de Rose Valland est, à ce propos, édifiant.



D’origine très modeste (son père est charron et sa mère est femme au foyer), Rose Valland doit à son intelligence et à son goût des arts une ascension professionnelle fulgurante. En 1940, elle est attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, à Paris. Elle est alors témoin des spoliations des Allemands vis-à-vis des œuvres d’art des musées et des collections privées, notamment celles issues de grandes familles juives déportées ou ayant fui. Le musée du jeu de Paume étant le lieu de centralisation avant l’expédition en Allemagne, Rose Valland se donne alors pour mission de répertorier, en les notant sur des calepins, toutes les œuvres confisquées ainsi que leur destination exacte. Elle donne aussi des renseignements précieux, obtenus en écoutant les conversations des officiels allemands, aux Alliés pour éviter que ces derniers bombardent les lieux où sont cachées les œuvres. À la fin de la guerre, elle partira en Allemagne afin d’assurer le retour de ces dernières. Pour sauver ces nombreuses œuvres d’art, Rose Valland a fourni un travail long et minutieux. Elle a agi seule, discrètement.
On le voit, la Résistance des femmes, qu’elle que soit sa forme d’engagement, est bien réelle. Tout comme les hommes, elles prennent des risques, s’impliquent, défendent leur patrie.
Mais quelles sont les répercussions pour elles d’un tel engagement ?

Les conséquences de l’engagement résistant

Une chose est certaine : les femmes ont payé un lourd tribut pour leur volonté de lutte contre l’Occupation. Beaucoup d’entre elles y ont laissé leur vie : Bertie Albrecht est pendue le 31 mai 1943 ; Danielle Casanova meurt à Auschwitz le 9 mai de la même année. Et que dire de toutes ces anonymes décédées en prison, fusillées, torturées ou mortes en déportation ? L’exemple, parmi de très nombreux autres, des employées des P.T.T. dont nous avons précédemment parlé est sur ce point révélateur : sur les 224 femmes ayant, d’une façon ou d’une autre, joué un rôle résistant, 98 furent déportées. 24 ne sont pas revenues, dont 6 Juives qui furent gazées dès leur arrivée à Auschwitz.
Nombreuses sont aussi celles déportées à Ravensbrück, un camp de concentration exclusivement réservé aux femmes. Parmi les plus célèbres, on peut citer Germaine Tillion, Marie-José Chombart de Lauwe, Geneviève de Gaulle… Mais, encore une fois, il ne faut pas occulter toutes ces anonymes, très nombreuses, ces résistantes de l’ombre, du « quotidien ».

Une autre question peut par ailleurs être posée : le rôle des femmes dans la Résistance a-t-il changé un tant soit peu leur place dans la société à la Libération ?
Au premier abord, on pourrait répondre favorablement à cette interrogation. En effet, le droit de vote leur est accordé en 1944. Par ailleurs, quelques femmes entrent dans la vie politique, féminisant ainsi les assemblées, comme le Parlement, et répondant aux besoins de mandats locaux. La grande majorité d’entre elles sont issues de la Résistance.
Il est néanmoins important de tempérer ces nouveaux acquis. En effet, le droit de vote n’est pas une conséquence directe et spontanée de leur engagement, puisque la question sur leur statut à ce niveau était déjà posée avant (et même pendant) la guerre. Il est par contre évident que leur implication dans la Résistance y a joué un rôle déterminant, voire même a précipité la décision finale.

Pour ce qui est de leur éligibilité et leur présence au sein des organisations politiques, l’engouement d’après-guerre s’éteint rapidement. En 1946, les sénatrices élues sont 22. En 1948, elles ne sont plus que 13, pour descendre au nombre de 9 en 1952. Par ailleurs, les domaines qui leur sont réservés restent très « féminins » : la santé, la famille, l’enfance, le logement.

Autre fait notable : sur les 1036 Compagnons de la Libération ayant obtenu la Croix de la Libération, on ne compte que 6 femmes... On y retrouve Bertie Albrecht, mais aussi Laure Diebold (secrétaire de Jean Moulin et agent de liaison), Marie Hackin (qui organise le Corps féminin de la France Libre), Marcelle Henry (membre du réseau d'évasion VIC), Simone Michelle-Lévy (une des résistantes des P.T.T.) et Emilienne Moreau-Evrard (agent du réseau Brutus). La plupart d'entre elles ont obtenu la Croix de la Libération à titre posthume.  
Comment expliquer cette sous-représentation des femmes, dans la société en général, et dans la politique en particulier ?

Il est absolument nécessaire de le souligner : le problème vient avant tout des femmes elles-mêmes. L’immense majorité d’entre elles considère que la Résistance n’a été qu’une parenthèse, qu’elles ont fait leur devoir et qu’il est temps pour elles de retourner dans leur foyer. D’ailleurs, tout le monde souhaite ce retour « à la normale » et faire de la guerre un mauvais souvenir. Les femmes ne remettent donc pas en question leur place dans une société où, il faut bien le dire, le partage des rôles dans la vie quotidienne est encore bien loin d’être égalitaire.

En effet, le monde dans lequel elles évoluent ne les aide pas non plus à s’émanciper. L’image de la mère de famille est encore écrasante. Cette norme va s’accentuer dans les années 50, avec le baby-boom : on fait beaucoup d’enfants, les femmes doivent donc demeurer plus que jamais au sein de leur maison. Il faudra attendre les années 70 pour que le tournant majeur des rapports sociaux de sexe ait lieu.

Avant de clôturer cet article, je voudrais préciser que son objectif n’a pas été de sous-estimer le rôle des hommes dans la Résistance, tout aussi essentiel, mais de mettre en évidence celui des femmes, trop longtemps occulté, alors qu’elles ont pris les mêmes risques et y ont beaucoup laissé d’elles-mêmes. Certes, elles étaient moins nombreuses que les hommes, mais leur histoire mérite d’être (re)connue. L’histoire de la Résistance serait incomplète et malhonnête si les femmes en restaient exclues.

Par ailleurs, cet article est loin d’être exhaustif tant le champ de la Résistance des femmes est large (et dépasse largement les frontières françaises), personnel (il n’y qu’à voir les différents témoignages et expériences de celles et ceux qui l’ont vécue) et encore relativement inexploré. Les historiens tentent, peu à peu, de combler ce vide.



Sources :  
- Colloque du Sénat  du 27 mai 2014 : Femmes Résistantes (revoir l'intégralité : http://www.senat.fr/evenement/colloque/femmes_resistantes.html i)
- BERTIN Célia, Femmes sous l'Occupation, Stock, 1994.
- COLLINS WEITZ Margaret, Combattantes de l'ombre, Histoire des Femmes dans la Résistance, Albin Michel, 1997.
- THIBAULT Laurence (dir.), Les Femmes et la Résistance, La Documentation française/AERI 2006, collection "Cahiers de la Résistance".

- Articles de la revue CLIO, "Résistances et Libérations en France", (http://clio.revues.org/700)

Les femmes dans la Résistance (1940-1944) - 1ère partie

Ce mois-ci, Céline Branchard, passionnée d'Histoire en générale et plus particulièrement de la place des femmes dans l'histoire nous a fait le très grand plaisir de nous faire partager son article (http://www.histoire-des-femmes.com/) :


Les historiens de la Résistance, comme dans de nombreux autres domaines, ont longtemps occulté les femmes et leur engagement majeur dans la lutte contre l’occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale.
Pourtant, on écrit en masse sur la Résistance dès la Libération : les ouvrages sont nombreux, mais la majorité d’entre eux ne traite uniquement que de la résistance armée et du rôle, prédominant, des hommes sur ce terrain. Les femmes, quant à elles, ne récoltent que quelques allusions : leur participation, pourtant déterminante, est sous-estimée, voire éclipsée. Seules quelques figures féminines emblématiques, comme celle de Bertie Albrecht ou Danielle Casanova, dont nous reparlerons, suscitent un intérêt. Ce dernier s’explique non pas parce qu’elles sont des femmes, mais par l’importance, pour la première, de son statut de premier ordre au sein du mouvement « Combat », pour la seconde, de son implication résistante au cœur du Parti communiste devenu clandestin et dans la lutte armée.
Il faut attendre les années 1970 et ses mouvements féministes pour que les résistantes sortent de leur réserve et publient, nombreuses, leur biographie. Par ailleurs, avec l’accès progressif aux archives de la Seconde Guerre mondiale et la multiplication des témoignages, les historiens se penchent de plus en plus sérieusement sur l’action des femmes pendant l’Occupation et s’aperçoivent clairement qu’une résistance massive, en dehors des armes, cachée et plus discrète mais tout aussi essentielle et risquée, a eu lieu.
Il est donc aujourd’hui, possible de retracer (même si le travail dans ce domaine est loin d’être complet) à quoi ressemble l’engagement féminin au sein de la Résistance, quelle est sa nature et sa complexité dans un contexte politique d’occupation et de collaboration avec le régime nazi et quelles sont les répercussions sur les femmes impliquées dans ce mouvement d’opposition.
Le contexte dès 1940 : occupation allemande et collaboration du régime de Vichy
Il est difficile d’expliquer un phénomène tel que celui de la Résistance sans avant tout poser le contexte, très particulier, de la défaite de 1940 entraînant l’occupation ennemie et la collaboration du gouvernement de Vichy avec le régime hitlérien. Il détermine en effet la prise de position de nombreux Français et Françaises, qu’elle soit contre ou en faveur de l’occupant et/ou de la politique de l’Etat français.
Dès juin 1940, la France est vaincue : Paris est envahie, suite à l’armistice signée le 22 juin, par les troupes allemandes, et la zone occupée est définie : le Reich s’installe, en gros, au nord de la Loire et dans l’extrême sud-ouest de la France. Le gouvernement de Vichy conserve sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, zone occupée comprise, mais se doit de tout mettre en œuvre pour que la réglementation et les droits du Reich, en tant que puissance occupante, soient facilités et respectés.
Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain rencontre Hitler à Montoire. Même si l’entrevue jette les bases de la collaboration de manière assez floue entre les deux protagonistes, notamment sur le rôle de la France dans le projet de conquête européenne d’Hitler, il n’en demeure pas moins qu’à l’issue, le gouvernement de Vichy accentue la mise en place d’un régime autoritaire et répressif, répondant aux attentes de l’occupant : exclusions, censures, saisies, interdictions de toutes sortes…
Les femmes ne sont pas épargnées : dès octobre 1940, celles qui sont mariées ne peuvent plus intégrer les administrations et les services publics, afin de les inciter à rester au foyer ; la loi du 2 avril 1941 rend le divorce plus compliqué à obtenir ; celle du 23 juillet 1942 condamne l’abandon de famille et celle du 23 décembre de la même année réprime l’adultère commis avec une femme de prisonnier.
Il faut dire que la femme est un élément essentiel, un pilier même, de l’idéologie vichyste. Le projet de Pétain, la « Révolution Nationale » sous la bannière « Travail, Famille, Patrie », est de créer une société où l’individualisme, banni, laisse place à un esprit communautaire où chacun a une place bien déterminée et où les valeurs familiales et les structures traditionnelles basées sur le travail non intellectuel (de la terre surtout) sont prépondérantes. Encadré par les institutions étatiques, l’individu n’a plus aucune liberté d’opinion et se doit de se fondre dans un ensemble hiérarchisé et immuable.
Les femmes, elles, sont considérées comme le centre du foyer, dont elles doivent s’occuper avec soin. Cela sous-entend bien évidemment le devoir, essentiel, de maternité, d’où une très sévère condamnation de l’avortement (de 1942 à 1944, pas moins de 4000 femmes sont punies chaque année, pour la majorité des « faiseuses d’ange », dont Marie-Louise Giraud, seule femme guillotinée pendant la guerre, en 1943). S’éloigner de cet idéal féminin revient à mettre en danger la patrie car celle-ci a un besoin absolu des futures générations pour réussir la « Révolution nationale ».
Vichy se base donc sur la différence et la complémentarité des sexes : à la femme la sphère domestique ; à l’homme le travail mais aussi l’autorité familiale. Il est le paterfamilias.
Les femmes ne sont cependant pas condamnées à rester cloîtrées chez elles : elles détiennent aussi, pour celles qui le désirent, une place dans l’espace public, notamment au niveau associatif. Elles évoluent, pour la majorité d’entre celles qui s’engagent, dans le milieu chrétien, où elles œuvrent charitablement ou, au contraire, pour assurer leur propre destin. En effet, ces associations scoutes, totalement féminines et qui se développent depuis les années 20, ont pour objectif de donner aux jeunes filles une éducation civique et sociale. On leur enseigne à devenir autonomes car, depuis la Première Guerre mondiale, avant tout dans les milieux bourgeois, les jeunes femmes doivent être en mesure de pouvoir travailler et s’assumer par elles-mêmes. Ne voyons néanmoins aucun féminisme dans cet objectif : le mariage demeure un modèle de vie à adopter et est donc vivement encouragé ; par ailleurs, on incite bien souvent les jeunes filles à ne pas faire d’études trop « intellectuelles ». Il est nécessaire d’ajouter que ces mouvements scouts sont généralement pétainistes, même s’il en existe quelques-uns que l’on peut qualifier de résistants.
L’idéal de Vichy, fondé sur les valeurs de « Travail, Famille, Patrie », est-il cependant à la portée des Français et des Françaises qui vivent journellement l’Occupation (la zone libre est envahie par les Allemands dès le 11 novembre 1942) ?
Bien évidemment, un certain nombre de personnes privilégiées ou aux convictions pétainistes affirmées trouvent dans le régime l’aspect salvateur que ce dernier tente à tout prix d’insuffler. Mais pour un très grand nombre de Français, soumis à la dureté du quotidien, il en est tout autrement.
En effet, la vie de tous les jours est loin d’être une partie de plaisir. En plus de la présence pesante de l’occupant qui réquisitionne une partie des possessions et productions appartenant ou destinées aux Français, il faut faire face aux restrictions et pénuries de toutes sortes, surtout alimentaires et vestimentaires. La mise en place du système des tickets de rationnements, censés approvisionner en denrées de première nécessité telles que le pain, la viande ou le sucre, ne suffit pas à pallier les besoins des familles, surtout en milieu urbain. Les files d’attente devant les magasins sont longues, et bien souvent le résultat nul… Dans les campagnes, le manque, bien que réel, se fait tout de même moins sentir car depuis toujours, on vit pratiquement en autarcie : culture potagère, élevage de volailles et de lapins, cueillette, chasse, culture des céréales… La solidarité y est aussi plus forte du fait de la proximité villageoise : on ne se garde pas de venir en aide à son voisin ou aux membres de sa famille.

File d'attente devant les magasins...
Les femmes, qu’elles résident en ville ou en milieu rural, sont au cœur de cette économie domestique puisque ce sont elles qui ont la gestion de tout ce qui a trait à la maison. Beaucoup ne peuvent par ailleurs compter que sur elles-mêmes, leur mari ayant été fait prisonnier et envoyé en Allemagne. Elles doivent développer toutes sortes de stratégies pour économiser, faire durer, créer du neuf avec de l’ancien et parfois recourir au marché gris ou au troc. Parallèlement, heureusement pour certaines d’entre elles, face à l’absence masculine et au manque général de main-d’œuvre, la loi de 1940 interdisant le travail des femmes mariées est levée en septembre 1942.
L’idéal vichyste, on le voit, est donc très éloigné des réalités quotidiennes de la majorité des Français, qui ont bien autre chose à penser que de répondre aux exigences idéologiques d’un régime qui, s’ils ne s’y opposent pas un minimum, ne ferait que les pousser à encore plus de restrictions.
Et, en effet, les contestations ne tardent pas à apparaître. Ce sont les femmes qui, en premier, « montent au front » : elles sont très nombreuses, dès 1940 et dans la France entière, à manifester dans la rue à cause de la pénurie alimentaire. Elles n’hésitent pas à se rendre devant les mairies et les préfectures pour afficher ouvertement leur mécontentement et demander le déblocage des stocks de denrées. Au début, elles ont souvent gain de cause. Mais dès l’hiver 1941-1942, Vichy prend des mesures punitives : les arrestations et les internements se multiplient. Ces moyens mis en œuvre pour étouffer ces rassemblements ne sont pas anodins : derrière ces femmes se cache l’un des plus grands ennemis du régime de collaboration, le Parti Communiste. C’est en effet lui, par le biais de ses militantes les plus actives et un presse clandestine, qui organise ce que l’on appelle « les manifestations de ménagères ». Les communistes, dont le but est de donner naissance à un mécontentement populaire général et de grande ampleur contre l’Etat vichyssois, ont effectivement bien ciblé en s’adressant aux femmes : elles représentent un potentiel d’action non négligeable puisque, comme nous l’avons vu, elles sont les premières concernées par le manque. Ces cortèges de femmes défilant dans la rue ne dénoncent donc pas seulement les difficultés du quotidien, elles remettent fortement en question la collaboration avec l’Allemagne nazie.
L’implication des femmes dans les manifestations de ménagères (qui est déjà un acte fort d’opposition en soi) va, pour certaines d’entre elles, représenter un véritable tremplin pour intégrer la Résistance. Il ne sera pas le seul, tant la Résistance féminine est diversifiée.

De la Corrèze au Lutétia … en passant par les camps ! (2ème partie)

Et après ?? 
Comment fait-on pour se construire après une telle épreuve, 
après tant d’horreur …


Traumatismes, traumatismes multiples.

Les traumatismes physiques sont les premiers qui sautent aux yeux, bien sûr. La sous-alimentation (la faim aura des conséquences graves voir irréversibles sur les déportés. Ils devront réapprendre à manger, à manger solide), le manque total d’hygiène provoque entre autres de grave maladie de peau, l’extrême fatigue due au travail épuisant, le manque de sommeil, les mutilations ...


Les traumatismes psychiques, bien sûr, liés étroitement à l’état de santé désastreux des survivants. La violence à l’intérieur des camps, la présence omniprésente de la mort provoquera sur beaucoup le sentiment de haine et de colère envers les non-déportés. Charlotte Delbo (photo ci-dessous) écrira dans son poème « Prière aux vivants, leur pardonner d’être vivants ». Le retour sera toujours accompagné d’une grande phase de dépression appelée « syndrome du survivant » : mélange de culpabilité intense et une tendance à l’isolement. Cauchemars à outrance, blocages psychologiques, changement de comportement sont le quotidien des survivants qui mettront souvent plusieurs années à atténuer ces traumatismes.

  


Les enfants, eux aussi, ont beaucoup souffert même si beaucoup d’entre eux ont échappé aux camps de la mort et ont trouvé des refuges par le biais d’organisations clandestines. La principale souffrance est, bien sûr, leur séparation d’avec leurs parents, amplifiée par le non-retour des camps des leurs. Cette souffrance est souvent traduite par de la violence, du manque de respect ou des réactions étranges parfois difficile à comprendre.

Et puis, il reste les souvenirs. Parfois tellement insupportable ! Sam Braun écrira à son retour à propos de ses souvenirs : « ça te fait mal, alors tais-toi. » D’autres, au contraire, choisiront de s’enfermer dans leurs souvenirs, quittent à en devenir fou.
Et pour se reconstruire, pour renaître, quelles solutions ?

Évacuer. Faire sortir cette haine pour pouvoir naître à nouveau. Par l’art, le sport ou encore en donnant aux défavorisés.

Etre entouré. L’entourage aura également beaucoup à apporter à ces rescapés. Respecter surtout le choix des survivants : le silence parfois ou la parole même si les récits ne peuvent pas être compris, mais également les changements de comportement. Et puis, leur apporter beaucoup d’amour pour qu’ils puissent continuer leur travail de reconstruction.

Retourner dans les camps, pour pouvoir faire faire le deuil de ceux restés là-bas, souvent longtemps après les faits.

Témoigner, pour se libérer.  « S’exorciser », mais également porter à la connaissance des autres l’existence de cette monstruosité humaine pour ne plus jamais revivre cela. Certains attendront longtemps pour témoigner : Sam Braun écrira : « Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu ». Il devra attendre 40 ans pour arriver à décrire de ce qu’il a vécu. D’autres choisiront de se taire pour oublier, ne pouvant surmonter l’épreuve par des mots, le dire provoquant une trop grande souffrance.




Partir. Certains décideront de renaître ailleurs. Dans un autre pays, tout recommencer. Nouvelle personne, nouvelle culture, nouvelle politique, pour commencer une autre vie.


Mourir. Certains ne supporteront pas le retour.

Pour ceux qui ont survécu aux camps et à leur retour, 
le temps et les autres les ramèneront doucement vers la vie.

Le Musée département de la Résistance Henri Queuille vous propose de vous faire partager un bout de cette histoire pour ne pas oublier les atrocités faites, les résistants, les survivants et ceux qui ne s’en sont pas sorti.

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